Arnaud CREPIN, « Ostéopathie, quel avenir ? « , Comportements & Innovations, 25 janvier 2015.

 

L’ostéopathie a vu de nouveaux textes préciser sa pratique et sa formation ces derniers mois. Cette réglementation veut répondre à un objectif : homogénéiser la formation. Mais l’objectif ultime, lui, qui serait d’améliorer la qualité des soins aux patients, est-il bien respecté ?

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L’ostéopathie, efficace ? Pour qui ? Pour quoi ?

Patients, praticiens, étudiants, professionnels de santé, de nombreux acteurs de la santé se sont vus concernés de près ou de loin par les derniers textes de loi encadrant l’ostéopathie parus en septembre et décembre 2014. Ce cadre inexistant il y a encore 13 ans, avant la loi de reconnaissance de 2002, se précise petit à petit. Parfois perçue comme une discipline dédiée avant tout au confort de l’individu, ésotérique par certains spécialistes, dangereuse par d’autres, quelle est l’identité de l’ostéopathie aujourd’hui ?

D’abord, rappelons que les textes définissant l’exercice de l’ostéopathie en 2007, précisent que l’ostéopathie a « pour seul but de prévenir ou de remédier à des troubles fonctionnels du corps humain, à l’exclusion des pathologies organiques qui nécessitent une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents physiques ».

Si ce point pouvait faire l’objet d’une discussion, au vu de certains articles relatant une efficacité significative devant certaines affections organiques, il définissait clairement un champ d’action intégré dans la pathologie.

L’ostéopathie en 2012, selon l’étude MOST, c’est en effet 20 millions de consultations annuelles, avec pour motifs dans près de 92% des cas, une douleur : 61% pour des douleurs musculo-squelettiques, dont les lombalgies et cervicalgies sont en tête de liste, mais aussi pour des douleurs viscérales comme le syndrome de l’intestin irritable, contre 2% de gestion de stress, anxiété et insomnie, et moins de 5% de « bilan ostéopathique.

Mais l’ostéopathie est-elle réellement efficace ?

Les études cliniques sont de plus en plus nombreuses et fiables : elles montrent une efficacité de certains actes thérapeutiques. Ces actes sont toujours des actes thérapeutiques répondant à la définition que l’ostéopathie biomécanique se limite à utiliser : des actes générant des forces appliquées sur des tissus.

Ce type d’acte s’avère donc efficace devant les motifs énoncés ci-dessus : lombalgies, cervicalgies (surtout aiguës), syndrome de l’intestin irritable etc. D’autres études montrent que l’ostéopathie n’est pas efficace pour des motifs comme l’hypertension ou l’asthme.

Un intérêt de santé publique

Les lombalgies, selon un rapport de la Haute Autorité de Santé, sont considérées comme un problème de santé publique. Le syndrome de l’intestin irritable concerne plus de 10% de la population. Les problématiques des douleurs musculo-squelettiques dans le cadre du travail, les TMS, sont inclues dans un recueil des problèmes de santé publique du HCSP, tout comme l’autonomie des personnes âgées, dépendante de leurs douleurs musculo-squelettiques.

Les nouvelles preuves d’efficacité des actes de l’ostéopathie pour ces troubles fonctionnels imposent logiquement d’intégrer ces actes dans les protocoles de soins.

Une efficacité à conditions

Pour être rigoureux, précisons que d’autres stratégies thérapeutiques ont également démontré leur efficacité devant certains de ces motifs de consultation : citons la médication classique, la kinésithérapie bien sûr, mais aussi l’acupuncture. Une organisation pluridisciplinaires de la prise en charge des troubles fonctionnels évoqués comme la lombalgie est une nécessité d’avenir, organisation selon des critères restant à valider mais proposés dans la formation et la pratique de l’ostéopathie biomécanique.

Quant aux risques après pratique de ces actes, de complications bénignes mais aussi, bien que très rares, graves, ils commencent à être décrits. Ces risques, notamment sur les manipulations cervicales, peuvent être limités par une connaissance des facteurs de risque, et une maîtrise de gestes sécurisés. Un niveau élevé de compétences paraît indissociable à la bonne pratique de ces actes.

Des responsabilités à assumer

Or, si l’ostéopathie peut se féliciter depuis peu d’un cadre de contenu de formation rigoureux en terme de volume horaire, la définition même du métier a reculé et risque de limiter les compétences des praticiens à venir.

Aujourd’hui, le praticien ne prend plus en charge les troubles fonctionnels indiqués en 2007, mais participe au maintien de l’état de santé en traitant des dysfonctions dont la définition et les outils d’objectivation n’existent nulle part (voir l’article de Xavier Blusseau). Des thérapeutes traitant des patients souffrant de douleurs peuvent donc malheureusement toujours avoir le même titre que des philosophes pensant ressentir la cause d’un mal être.

L’espoir européen

Avec l’investissement des pouvoirs publics pour préciser les textes de loi d’un côté, et l’implication des établissements de formation de l’autre, nous pourrions donc entrevoir le visage prochain de ce qui pourrait devenir un jour une profession. La reconnaissance de la formation et de la pratique de l’ostéopathie commencée en Belgique il y a quelques années, ou concrétisée au Portugal dans des textes récents, serait-elle alors envisageable en France ? Dans un tel contexte, une modification des textes de loi sur les conditions de réalisation des actes pourrait même s’envisager un jour.

 

Arnaud CREPIN, « Ostéopathie, quel avenir ? « , Comportements & Innovations, 25 janvier 2015.